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Collocations naturelles : pourquoi un anglais correct peut quand même sonner faux

Des associations de mots figées que les locuteurs natifs emploient sans réfléchir, et pourquoi un anglais grammaticalement impeccable peut sonner « presque correct ».

Aux niveaux élevés, les erreurs cessent d’être grammaticales. I did a mistake est parfaitement logique et n’enfreint aucune règle apprise, et aucun locuteur natif ne le dirait ainsi. La raison, c’est la collocation : quels mots vont ensemble par habitude.

Ce que sont les collocations

Une collocation est une association de mots figée dans la langue par l’usage, non par la logique. L’exemple classique est make et do :

make do
make a mistake do homework
make a decision do business
make progress do research
make an effort do damage
make an appointment do the dishes

Cela ne se déduit d’aucune règle. Ces associations s’apprennent en entier. Pour un francophone, le piège est que « faire » couvre à la fois make et do : « faire une erreur », « faire des recherches », « faire un effort », « faire la vaisselle » — d’où do a mistake ou make research. Et « prendre une décision » se dit make a decision, pas take.

Pourquoi cela compte plus que la taille du vocabulaire

Un locuteur de niveau C2 qui dit make research a un vocabulaire étendu et une grammaire impeccable, mais cette phrase le trahit aussitôt comme locuteur non natif. Les erreurs de collocation sont les dernières à disparaître, et les plus remarquées quand elles persistent.

Quelles formes elles peuvent prendre

Savoir reconnaître le schéma aide à repérer les collocations en lisant :

Modèle Exemple
verbe + nom reach an agreement, pose a threat
adjectif + nom heavy rain, strong accent, deep sleep
adverbe + adjectif bitterly disappointed, highly unlikely
verbe + adverbe strongly recommend, flatly refuse
nom + nom a round of applause, a pack of cards
verbe + préposition depend on, result in, account for

Faites particulièrement attention à la colonne des adjectifs : la pluie est heavy, la circulation est heavy, un fumeur est heavy (le français « gros fumeur »), mais quelqu’un qui mange beaucoup n’est plus heavy : on dit a big eater, et non « un gros mangeur » traduit mot à mot. Ici, il n’y a rien à déduire : l’association est simplement figée.

Associations fortes et faibles

Toutes les collocations ne sont pas également rigides, et le comprendre montre où se situe le risque :

  • Figées — elles n’admettent aucune substitution : shrug your shoulders, blink your eyes. Tout autre mot serait une erreur.
  • Fortes — une ou deux variantes possibles : commit a crime, meet a deadline.
  • Faibles — beaucoup de variantes possibles : a good / long / difficult day.

Les erreurs se concentrent dans les fortes : les faibles tolèrent presque tout, et les figées, vous les avez sans doute déjà apprises en entier.

Les groupes les plus utiles

Avec « take » : take responsibility, take a risk, take advantage of, take place, take into account

Avec « give » : give a presentation, give advice, give someone a hand, give priority to

Avec « pay » : pay attention, pay a compliment, pay a visit, pay tribute to

Avec « meet » : meet a deadline, meet requirements, meet expectations, meet a demand

Avec « raise » : raise concerns, raise awareness, raise a question, raise standards

Les paires « adverbe + adjectif »

Elles sont particulièrement révélatrices :

  • deeply concerned / highly unlikely / bitterly disappointed
  • utterly ridiculous / acutely aware / widely regarded

On ne peut pas les intervertir : highly disappointed et deeply unlikely sonnent mal, même si la grammaire est correcte.

Des verbes forts avec des noms abstraits

L’anglais formel fixe des verbes précis pour des noms précis :

  • conduct an investigation (et non « make »)
  • draw a conclusion (et non « make »)
  • pose a threat / a question (le français « poser une question » se dit en anglais ask a question, mais pose a question existe en style soutenu)
  • reach an agreement
  • implement a policy
  • address an issue

Les verbes vides

Une énorme partie de l’anglais quotidien se construit avec un verbe presque vide de sens plus un nom, là où d’autres langues se débrouilleraient avec un seul verbe. Le verbe n’apporte presque rien ; ce qu’il faut connaître, c’est précisément l’association.

have a look, have a rest, have a go

take a photo, take a break, take a seat

give a smile, give a sigh, give someone a call

make a start, make a fuss, make a change

Certaines se répartissent selon la variante de la langue : le britannique have a shower / have a bath et l’américain take a shower / take a bath. Les deux sont corrects ; ce qui paraît étrange, c’est de les mélanger dans un même texte.

Le piège, c’est que rien ne paraît incorrect. Une erreur de grammaire se trahit d’elle-même : on peut consulter la règle. Une erreur de collocation produit une phrase qui paraît parfaitement assurée, et seul un locuteur natif perçoit la faute. C’est pourquoi ce genre de choses se recueille dans la langue vivante, ne se déduit pas par raisonnement, et c’est pourquoi elles persistent si longtemps au niveau C2.

Comment les apprendre

Ne mémorisez pas des listes de mots isolés : notez des associations entières. En rencontrant un nom nouveau, notez le verbe avec lequel il apparaissait. Deadline seul est bien moins utile que meet a deadline / miss a deadline / tight deadline.

Lire beaucoup, c’est faire ce travail automatiquement : c’est pourquoi, à ce niveau, la lecture extensive compte plus que les exercices de vocabulaire.

Mettez à l’épreuve ce que vous avez appris

Dans le test suivant, il y a des paires où la variante incorrecte est grammaticalement impeccable, mais ne se dit simplement pas ainsi en anglais.

Testez vos connaissances : Test : collocations naturelles →